Macron et l’Agriculture : un genou à terre face à Bruxelles

On savait que les politiques avaient cette désagréable habitude de retourner leur veste mais à ce point…

18 ans que les accords traînent et voilà qu’aujourd’hui notre Manu national s’affiche comme partisan d’une finalisation rapide de l’accord entre les deux parties (pourtant en octobre il s’était vivement opposé à Bruxelles qui voulait passer à la vitesse supérieure…) La carte du menu semble donc avoir changé bien rapidement…Pendant ce temps, la colère gronde du côté de nos éleveurs français…

Pour les novices, voici l’histoire (promis je vais essayer d’être la plus claire possible) : en gros (très gros), dans le cadre d’un accord signé avec les pays du Mercosur (communauté économique regroupant le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay, le Paraguay et le Vénézuela), l’Europe s’apprête à brader sa filière élevage au bénéfice de ses exportations industrielles. Cet accord monumental de libre-échange entre l’Union européenne et ces pays d’Amérique du sud autoriserait l’importation massive de viande de bœuf et pourrait aboutir à l’ouverture du marché européen à  70 000 tonnes minimum de viandes sud-américaines issues de systèmes dont les standards sont opposés aux attentes des consommateurs français. La filière bovine, déjà fragilisée, redoute donc d’être submergée par des produits concurrents à moindre prix. 

Selon les dernières informations, la Commission européenne serait même prête, à relever son offre sur les quotas de bœuf que les pays du Mercosur pourraient exporterchaque année vers l’Union Européenne. En effet, pour accélérer la négociation et parvenir à la signature d’un accord, l’UE pourrait augmenter les importations de viande de bœuf. Jusqu’à 99 000 tonnes annuelles contre 70 000 tonnes prévues initialement (en contrepartie, Bruxelles espère augmenter les exportations européennes de produits laitiers, de vin, de voitures et permettre aux sociétés de l’UE d’accéder aux appels d’offres publics des pays sud-américains).

Pourtant, lors des Etats Généraux de l’Alimentation (qui se sont déroulés de juillet à décembre dernier), le message du Président de la République était clair : promouvoir l’engagement dans la transition écologique en France, assurer une souveraineté alimentaire et assurer une sécurité sanitaire irréprochable. En autorisant des importations de produits dont les méthodes de production sont interdites en France (tant sur le plan environnemental qu’au niveau de la protection animale), le message d’aujourd’hui n’est plus vraiment le même…

Et oui car la réglementation en vigueur dans un pays n’est pas la même dans un autre…Cet accord ouvrirait donc clairement la porte à l’importation de viande aux garanties sanitaires particulièrement faibles (usages de substances interdites en France et tutti quanti). Et si on arrête de se regarder le nombril, le constat ne serait pas plus reluisant de l’autre côté de l’Atlantique : qui dit « promotion des produits d’exportation », dit « aux dépens des cultures vivrières »…

Alors les éleveurs français sont de plus en plus inquiets (et il y a de quoi ! ) et le font savoir, et de plus en plus fort ! Dans un communiqué du 26 janvier, la fédération nationale bovin s’interroge : « En quoi l’accord entre l’UE et le Mercosur est-il moins dangereux en ce début 2018 qu’il ne l’était à la fin de l’année 2017 ? Notre interprofession n’acceptera sous aucune condition la conclusion d’un accord entre l’UE et le Mercosur contenant une quelconque offre de viandes bovines. »

Alors un accord oui, pourquoi pas, mais pas à la hâte et sûrement pas en ces termes. Vers la fin de la logique ultralibérale ?


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