« Le Tour du monde en 72 jours » de Nellie Bly

Si Nellie Bly était inconnue au bataillon pour moi jusqu’à temps que je tombe sur ce livre, c’est avec grand plaisir que j’ai découvert le parcours de cette journaliste américaine à travers son périple pour faire le tour du monde en 1889 (ce qui n’était pas une mince affaire à l’époque!).

Une précurseuse du journalisme d’investigation

Nellie Bly (de son vrai nom Elizabeth Jane Cochrane ) est considérée comme la première femme grand reporter au monde. Pour se faire embaucher au « New York World », journal tenu par un certain Joseph Pulitzer (!), la jeune femme ne recule devant rien : elle se fait passer pour malade afin d’être internée dans un asile psychiatrique pour femmes, au large de Manhattan. Elle y restera dix jours avant d’en livrer un reportage pour raconter, de l’intérieur, les conditions de vie à l’intérieur de cet hôpital. Son récit connaît alors un retentissement fracassant. La ville de New York, choquée par le récit de la journaliste, débloque un million de dollars pour rénover ses hôpitaux psychiatriques. À l’époque, le journalisme d’infiltration est une nouveauté et Nellie Bly en devient l’une des précurseuse du journalisme d’investigation.

En se démarquant dans le monde presque exclusivement masculin du journalisme de la fin du XIXe siècle, elle ouvrit la voie aux femmes dans ce domaine.

« Vous n’y arriverez jamais ! Vous êtes une femme »

C’est en 1888 que l’intrépide journaliste propose au « New York World » de faire le tour du monde afin de battre le record fictif détenu par Phileas Fogg du roman « Le tour du monde en quatre-vingts jours » publié en 1873 par Jules Verne. « Vous n’y arriverez jamais ! Vous êtes une femme, vous aurez besoin d’un protecteur, et même si vos voyagiez seule, il vous faudrait emporter tant de bagages que cela vous ralentirait (…) rien ne sert de débattre : seul un homme peut relever le défi », lui rétorque-t-on. « Fort bien ! Alors je partirai en même temps que lui pour le compte d’un autre journal et soyez sur que je le battrai », lui répond Nellie Bly. Elle commence son voyage le 14 novembre 1889 (pour le « New York World »). Seule et avec un petit sac (enfin « seule », à l’époque, signifie sans chaperon car, elle n’est, au final, jamais « seule » comme on peut le découvrir au fil des pages).

Un récit quelque peu expéditif

A travers son récit, la journaliste nous fait découvrir les us et coutumes des habitants des pays qu’elle traverse (à bord de navires à vapeur et des trains). Elle rencontrera Jules Verne et sa femme, à Amiens, durant son voyage. Si on découvre son admiration pour le Japon, on y découvre également une jeune femme qui tombe dans les travers de son siècle colonialiste (et ça nous a beaucoup moins séduit…) avec des préjugés racistes sur les peuples qu’elle rencontre.

Le récit pâtit, en outre, de l’objectif qu’elle s’est fixé et laisse, finalement, assez peu de place au monde qui l’entoure avec des passages un peu expéditifs par moment.

Nellie Bly revient à New-York le 25 janvier 1890, soit 72 jours après son départ de Hoboken (New Jersey).

Pour résumer : on a aimé découvrir cette figure pionnière du journalisme d’investigation, la spontanéité et l’audace de cette jeune femme (qui milita toute sa vie pour la cause féministe), un récit bien écrit, bien qu’expéditif par moment et des propos d’une autre époque…


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