Une boulette dont on aurait pu se passer…

Oui l’emballement médiatique autour de la prétendue arrestation de Xavier Dupont de Ligonnès aurait pu et aurait du être évité. Je suis journaliste mais je condamne le traitement qui en a été fait. Petite journaliste pourtant, petite « localière » comme on dit. Et pourtant de tous les médias qui en ont parlé, le seul qui n’a pas succombé à l’emballement est bel et bien un « petit » journal (La Provence pour ne pas le citer). Comme quoi…

On a eu droit à un énorme n’importe quoi sur certaines chaînes passant d’un « Xavier Dupont de Ligonnès arrêté » à « Xavier Dupont de Ligonnès aurait été arrêté » en quelques minutes. Bon.

Comment peut-on affirmer dans la même phrase « Xavier Dupont de Ligonnès arrêté » et « Nous sommes pour le moment en attente des analyses ADN » ??? Et bien attendons alors. Même si la chaîne, le journal, la radio concurrente l’affirme. Mais toujours cette sacro-sainte course à l’information. Cette course à la rapidité. Cette course aux clics, à l’audimat. Dont les journalistes sont souvent les premières victimes. Aux ordres de rédacteur(trice)s en chef souvent bien plus enclins à être « web first » qu’à prendre le temps de vérifier une information.

Le droit à l’image des mineurs alors là c’était la grande débâcle ! (Outreau bis !) Une fois floutés, une fois pas floutés, une fois floutés, une fois pas floutés… Pourtant il me semble difficile que les médias diffusant les visages des enfants mineurs aient eu une autorisation parentale j’dis ça, j’dis rien…

Je lis aujourd’hui des tentatives de justification de cette énorme boulette : « On parle de croiser les sources, de vérifier, je vous assure qu’on le fait. On a au moins une dizaine de confirmations en même pas une demi-heure », comme j’ai pu le lire.

Je n’ai aucun doute sur le fait que les journalistes qui ont relayé l’information aient recoupé le maximum de sources. Mais on sait tous qu’en matière judiciaire et juridique, la seule source officielle est le Proc. Pas même les enquêteurs les plus chevronnés ou les « responsables au plus haut niveau de la police », comme j’ai pu le lire. La preuve. Et pourtant le Procureur de Nantes n’a cessé d’appeler à la vigilance…

Et effectivement il y a avait une vraie info : des choses se tramaient, les enquêteurs étaient sur le qui-vive, Xavier Dupont de Ligonnès aurait été arrêté, des investigations sont en cours. C’était une réalité. A relayer. A transmettre.

Bien plus que de blâmer les médias qui ont balancé l’info, en étant persuadés qu’elle était vraie, je n’ai pas trop de doutes là dessus, cet énorme « couac » montre surtout les limites de l’information en continu et permettra, je l’espère en tout cas, de repenses les pratiques de la profession (notamment de la course au « web-first »…). Et je ne pense pas trop me tromper en disant que c’est tout ce qu’attend la majorité des journalistes contraints devant des hiérarchies qui ne veulent surtout pas attendre de peur de passer à côté de l’info dont tout le monde parle.

Le journal La Provence a préféré utiliser le conditionnel et un titre de Une interrogatif. Il a « simplement » pris des précautions. On aurait pu, on aurait du, tous le faire. Comme quoi, c’était possible…


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