Depuis quelques jours je vois passer bon nombre d’articles avec cette fameuse question : « Faut-il interdire les concerts de Bertrand Cantat ? » Le 26 février dernier, le conseil départemental de la Manche a lâché son soutien financier au festival Papillons de Nuit où l’ex-chanteur de Noir Désir devait se produire. Alors bein moi, dans ma petite tête, ça soulève quand même tout plein de questions tout ça…
Bein oui parce que je suis pourtant la première à m’insurger et lutter contre les violences intrafamiliales, que les victimes soient des femmes ou des hommes. Et pourtant tout ce lynchage me dérange… J’ai l’impression que tout le monde est en train de tout confondre au détriment même des réelles problématiques de fond…
Pour rappel des faits, Bertrand Cantat a été condamné, en 2004, à 8 ans de prison pour coups mortels et le meurtre de sa compagne, Marie Trintignant.
Alors un individu peut-il prétendre à la réinsertion sociale une fois qu’il a purgé sa peine ? Alors moi je dis oui. Et notre Etat de droit aussi d’ailleurs. La question semble beaucoup plus délicate lorsqu’il s’agit d’un personnage public. Le tribunal populaire a tranché avec l’exemple de Bertrand Cantat. Car la question est aujourd’hui davantage morale, voire éthique, que juridique. Une question également à replacer dans un contexte : celui de la prise de conscience des femmes destiné à éradiquer les violences (et c’est très bien !)
Mais le lynchage doit-il remplacer la Justice ? Doit-on à jamais radier Bertrand Cantat de la scène ? Un pas qui, s’il est franchi, me semblerait ô combien dangereux…Car si l’Etat commence à interférer dans ce qui relève être du domaine de la Justice…Et quand on voit le désengagement financier du département de la Manche d’un festival où le chanteur était programmé…(Définition Larousse d’un « département » : « circonscription administrative dirigée par le représentant de l’Etat sur le territoire, le Préfet. ») La séparation des 3 pouvoirs (législatif, exécutif, judiciaire), ancrée dans notre Constitution, ça vous dit quelque chose ?
Et je ne suis pas du tout en train de défendre Bertrand Cantat ni ce qu’il a fait. Et je ne me risquerais pas à aller sur ce terrain glissant (d’une parce que j’étais pas là au moment des faits et de deux et surtout parce que je ne suis pas juge et ne représente pas la Justice). Et bien sûr qu’on parle d’un meurtre, et bien sûr que si la victime avait été l’une de mes proches, il me serait sûrement et légitimement totalement insupportable de le voir se produire sur scène et continuer à produire des albums…Mais que ce soit Bertrand Cantat ou Monsieur Michmuch, on parle aussi d’un homme, notoriété ou pas, qui a été condamné et qui a purgé sa peine. Et qui a aussi droit, comme n’importe quel être humain, à la réinsertion. Et si Bertrand Cantat avait été boulanger ? Est-ce qu’on l’empêcherait de faire son pain ? Mais il est chanteur, un métier comme un autre. Après, on peut effectivement regretter qu’il remonte sur scène, trouver ça indécent et indélicat, mais c’est un choix qui lui appartient. Et pour lequel l’Etat n’a pas à sortir de ses prérogatives. Il a peut-être tort. Effectivement. Mais qui peut juger moralement d’une réinsertion, même publique ? Décréter qu’une disparition sociale serait obligatoire pour certains reviendrait à une sorte de condamnation à mort sociale.
Un sujet qui, en tout cas, fait ressortir la difficile frontière entre individuel et collectif, loi et éthique…
Bon bein voilà, c’était mon petit billet d’humeur de la journée. Et tout ceci n’engage que moi !
En savoir plus sur Les bonnes nouvelles au fil de Lau...
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.
Il a purgé sa peine il est donc légalement en droit de reprendre sa vie ! Libre choix à chacun d’aller le voir en concert… ou pas ! Voilà mon avis
J’aimeJ’aime